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Droit ou devoir individuel de formation

Avant qu’il soit remplacé par le compte personnel de formation (CPF) et que le jeu de mot ne fonctionne plus, je pose cette question : le DIF est-il un droit ou un devoir individuel de formation ? Continue reading

Le culte de la performance

Après m’être penché sur l’entreprise comme commando d’armée, je m’aperçois qu’une autre comparaison est de plus en plus présente dans les médias : celle de l’équipe sportive.

Là encore, si la comparaison est source d’inspiration pour le management, il faut bien prendre conscience des limites et des travers qu’elle recouvre. Généralement cette comparaison avec le sport illustre deux thèmes principaux : l’esprit d’équipe et le culte de la performance.
Le premier thème fait la promotion du modèle managérial de l’entraîneur qui sélectionne, motive et développe le potentiel de son équipe. Sports collectifs évidemment : handball, football et rugby au premier plan. Certains entraîneurs sportifs sont même exfiltrés dans des cabinets de conseil en management ou se mettent à leur compte et montent leurs propres structure. Les films montrant les séances intenses de motivation d’équipe dans les vestiaires avant un match font florès dans les séminaires managériaux (Fabien Galtier, Aimé Jacquet) : je vous laisse transposer dans la bouche de votre manager préféré le langage fleuri et la finesse des leviers de motivation.

Le deuxième thème résonne avec la recherche incessante par l’entreprise d’une performance toujours améliorée. Les sportifs (plutôt dans des sports individuels cette fois) sont eux aussi en quête permanente de performance et les chantres du management jouent sur l’ambiguïté du terme. La performance revêt en effet un double sens : elle mesure le niveau d’exécution d’une action, mais elle signifie également l’atteinte d’un niveau de réalisation exceptionnel. Les résultats d’un sportif mesure SA performance, mais cette performance peut s’avérer être la meilleure et constitue alors UNE performance. Notons au passage que le terme est également utilisé dans le champ des arts dramatiques (performance d’un acteur, double sens là encore) et de l’art plastique, mais ces comparaisons sont rarement utilisées pour l’entreprise. Cela va peut être changer à l’heure où la créativité des collaborateurs est citée comme l’une des sources premières de performance dans une économie de la connaissance et de l’innovation. Mais revenons à la notion de performance sportive appliquée au monde de l’entreprise. Les entreprises cherchent à améliorer leur performance notamment à travers celle de leurs collaborateurs. Les salariés qui n’ont jamais passé d’entretien de performance sont de plus en plus rares. Or ces entretiens d’évaluation, de progrès, annuels, individuels, ou autres variations sur le thème apparaissent comme étant une source de stress tant pour l’evalué que pour son évaluateur. L’une des raisons évoquées tient justement au fait que la performance visée touche à l’excellence. Quel formulaire d’évaluation pourrait se passer de la case “beyond expectation” ?lequel pourrait se satisfaire du juste niveau requis de performance ? Pourtant, le corollaire de la recherche du dépassement perpétuel est l’insatisfaction permanente : même s’il a rempli ses objectifs, le salarié se ressent alors seulement bon, pas excellent. Cela permet de justifier ensuite plus facilement le versement partiel de la rémunération variable, la prolongation d’une période probatoire, la suspension d’une promotion, etc. Et les dés sont pipés dès le départ : l’excellence ne peut qu’être exceptionnelle donc temporaire. De plus, tous les collaborateurs ne peuvent être excellents, sinon l’excellence deviendrait la norme et perdrait de fait son essence même.

La comparaison sportive est cependant riche d’enseignement et c’est aussi là qu’on en perçoit les limites pour l’entreprise. Certes, comme le sportif, le simple fait de viser la meilleure performance peut conduire à l’amélioration et à une performance honorable. Pour autant, le sportif ne dépasse pas toutes les fois son record personnel, encore moins le record du monde dans son domaine. En revanche et à la différence de l’entreprise, tout est mis en œuvre pour que cela soit possible : entraînement, coaching, alimentation, soins, formation, entraide, etc. Par ailleurs, la performance sportive est un acte occasionnel. Aucun sportif ne participe à tous les matchs, tous les meetings et tous les championnats de l’année ! Bien au contraire le planning de ses rencontres est élaboré bien à l’avance et de manière très tactique. Il est essentiel de ménager (“managers, ménagez vos équipes” sera l’un de mes prochains post) le champion, de lui permettre de se reposer, de s’entraîner suffisamment, de préserver sa santé. Bref si le sportif s’entraîne toute l’année, il ne se dépasse que lors de compétitions auxquelles il participé de manière finement planifiée.

Alors pourquoi demander à un collaborateur de se surpasser continuellement sans mettre à sa disposition tous les moyens et l’environnement ad hoc ? Parce que cela coûterait trop cher. Imaginez des séances de kiné pour préparer ou détendre les ouvriers fraiseurs d’une chaîne de production ou les caissières d’un supermarché. Imaginez qu’un coach vous guide et vous aide dans les passages difficiles de votre activité. Imaginez une analyse anti dopage après une réunion du comité d’entreprise ou un comité d’administration !
Même si la fonction ressources humaines évolue dans ce sens avec l’intérêt croissant porté à la qualité de vie au travail, la formation des managers aux techniques d’accompagnement, de mentoring et de coopération, la réorganisation du travail, le chemin n’est que tout juste entamé, semé d’embûches et pour une destination quasi inaccessible. Les salariés d’une entreprise ne seront jamais accompagnés comme les sportifs de haut niveau. Même les talents ne font pas l’objet de tant d’attention et d’un système aussi rodé et mature de management.

Alors, quels enseignements retenir de cette comparaison sportive ? Trois pistes à mon avis.

Primo, le manager-entraîneur est une très bonne source d’inspiration pour l’entreprise dans le cadre de projets ou d’événements : l’ouverture d’un site, le lancement d’un nouveau produit, le déploiement d’une solution informatique, un colloque de managers, un déménagement, etc. Ces situations de rapprochent en effet des compétitions sportives dans lesquelles il faut jouer collectif, dans un but précis, motivant et partagé par tous les acteurs du projet.

Au delà de ces situations particulières, deuxio, si le collaborateur doit viser l’excellence, l’entreprise doit quant à elle en assurer les conditions de succès. Les chantiers sont à mener en termes d’amélioration des conditions de travail, de conception collective de la performance, d’ordonnancement et d’arbitrage des projets et des objectifs et surtout d’accompagnement des carrières de tous.

Tertio, puisant dans les pratiques sportives amateurs, les entreprises doivent créer une culture d’appartenance qui fédère tous leurs collaborateurs, qui constitue le super-projet rassembleur, le lien invisible mais fort entre eux.

Et puis sinon, il restera toujours les compétitions inter-entreprises à l’image du critérium international des médecins !