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Droit ou devoir individuel de formation

Avant qu’il soit remplacé par le compte personnel de formation (CPF) et que le jeu de mot ne fonctionne plus, je pose cette question : le DIF est-il un droit ou un devoir individuel de formation ? Continue reading

L’ère du Brain-Power

A la fin du XVIIIe siècle, l’ingénieur britannique James Watt invente le Horse Power afin de fixer une équivalence (assez arbitraire) entre la force physique d’un cheval et la puissance incroyable de la machine à vapeur fraîchement sortie de son cerveau (paternité discutable j’en conviens, mais là n’est pas le sujet). En plein cœur de la première révolution industrielle, le métiers à tisser s’automatisent grâce cette invention poussant dès 1780 en Angleterre les Luddistes et plus tard (1830) les Canuts à Lyon à détruire vainement ces machines, voleuses de leur travail et de leur art. Autres victimes, les agriculteurs sont également à cette époque fortement touchés par cette révolution machiniste, surpassés par l’arrivée des tracteurs ultra-performants. Mais comment résister à cette manne de productivité ? Adieu donc chevaux de trait. On continuera d’admirer vos muscles galbés sur des photos jaunies, des tableaux de Millet et dans les fermes pédagogiques. Quand aux hommes, rejetés hors de leurs manufactures en pleine automatisation, ils étaient opportunément absorbés par une industrie galopante qui créait plus d’emplois qu’elle n’en détruisait.

Deux cents ans plus tard, la troisième révolution industrielle semble faire écho à la première sans pour autant offrir la même perspective en termes d’emplois. L’ordinateur et plus globalement les technologies de l’information, les automates et les robots révolutionnent nos manières de produire. Évidemment, on pense d’abord à des activités de calcul : comptabilité, finance, sondage, recherche, etc. L’ordinateur y est en position de confort. Difficile dans ce domaine de mesurer un être humain à l’aune d’un processeur. Pourtant dans les années 1940, l’armée américaine ne possèdent pas encore de puissants ordinateurs et fait appel à des milliers de femmes de G.I. pour exécuter des calculs et des algorithmes armé de leur seule tête, d’un crayon et d’un bout de papier. La puissance nécessaire pour réaliser ces calculs est alors mesurée en… kilo-girl ! Et oui, pas de mips et autres pétaflops, mais des bataillons de 1000 femmes-calculettes ! A mesure que l’économie de la connaissance naît, les chevaux-vapeurs deviennent obsolètes.

Alors poussons l’analogie plus loin. Aujourd’hui, de plus en plus d’activités humaines sont colonisées par l’ordinateur et les automates. Il ne s’agit plus de calculer (du moins en apparence), mais d’interagir, de synthétiser, de comprendre, de choisir. Les puissances de calcul, l’omniprésence et la richesse des programmes font que les ordinateurs commencent à être capables de remplacer des tâches intellectuelles. Je pense aux serveurs vocaux, à la génération automatique d’article ou de discours, aux caisses automatiques, à l’aide à l’achat, à la musique au kilomètre, etc. Les télé-opérateurs(trices) dans les centre d’appels, les caissiers(ères), les vendeurs(euses), VRP en tête, mais aussi les nécrologues et les biographes, les écrivains à l’eau de rose, les musicien(ne)s d’ascenseur sont les premiers d’une longue liste concernés par l’intrusion des ordinateurs dans le secteur des services. La révolution numérique bat son plein. Quelles perspectives offre-t-elle pour ceux qu’elle exclus ? D’aller se réfugier dans les îlots d’activités les plus complexes, loin pour le moment de la numérisation et des l’automatisation. Heureux les architectes, les designers, les consultants, les poètes, les philosophes, les chercheurs, en bref, les knowledge workers. Les programmeurs aussi sauront sortir leur épingle du jeu. Or ces métiers représentent tout au plus 5% des emplois dans une économie industrialisée. 20% si on y inclut les emplois indirects.

Après le Horse Power, qui va donc inventer le Brain Power qui permet d’évaluer la complexité intellectuelle de l’activité cérébrale humaine ? Comment savoir combien de bits, quantiques ou pas 😉 , sont nécessaires pour faire votre travail à votre place ? A quelle échéance allez-vous être mis à la porte par un “hubot” ?

Pour aller plus loin :
Lire au moins les préfaces de “La fin du travail” de Jeremy Rifkin

Pour tout savoir sur le kilo-girl