L’Apocalypse selon saint Hollywood

Les majors du cinéma Hollywoodien ont définitivement opté pour la fin du travail humain par les ordinateurs et les machines. Autopsie d’une nouvelle mode scénaristique.

Fin du travail et fin du monde humain

Au sujet de la fin du travail, deux thèses s’affrontent. L’une, utopique, prévoit une société ultra-mécanisée et super-informatisée dans laquelle l’Humanité pacifiée se vautre dans les loisirs et l’oisiveté. À l’opposé, l’autre horizon, dystopique cette fois, prévoit l’asservissement de l’Homme par les machines, voire son éviction à termes de l’univers. Moins joyeux… Toujours est-il que ces thèses alimentent toute une mythologie moderne (ou plutôt post-moderne) reprise notamment par les majors américaines du cinéma. Hollywood a clairement opté pour la seconde thèse ; la peur de l’apocalypse est toujours plus racoleuse que la promesse d’une société épanouie et pacifiée même si la série d’animation Les Bisounours a dû rapporter de l’argent en son temps.

Fidèles à leur talent de faiseurs d’histoires, les studios de Los Angeles nous abreuvent depuis quelques décennies de films qui instillent au fil des générations la perspective d’une fin de l’Humanité avec dans le rôle du méchant : les machines, les programmes, les ordinateurs ou plus globalement les nouvelles technologies. Je ne vais pas ici dresser l’inventaire des films du genre, mais illustrer mon propos de quelques films emblématiques, car cette fin du monde humain prend plusieurs figures.

Flash-back sur les menaces bien connues

Les films catastrophes sur l’anéantissement de nos civilisations (surtout occidentales à vrai dire) ne date pas d’hier. Ils font pour la plupart référence à des figures bien connus : la guerre ou la maladie. Prenons quelques exemples.

Premier cas : les envahisseurs morts ou vifs. On pense bien-sûr aux morts-vivants qui dévastent jusqu’à la moindre miette d’humanité restée sur Terre, en réduisant ce qui fut Homme à une créature écervelée, animée par une rage sanguine et bavant ses pulsions cannibales (derniers en date : World War Z, Walking Dead). Il y a aussi les invasions extraterrestres, venus nous exterminer ou pire cultiver de l’humain pour se nourrir ! Beûrk ! (Indépendance Day, Signes, La Guerre des Mondes)

Mais toutes ces menaces sont bien connues. Elles ne représentent ni plus ni moins qu’une transcription des guerres barbares dans notre époque post-moderne : les barbares étaient à l’époque vus comme des hommes sans culture, assoiffés de sang ; des envahisseurs qu’il faut combattre et refouler pour continuer d’exister. Heureusement, l’humanité sort toujours victorieuse dans ces films, réduite à un petit groupe de survivants au pire, mais victorieuse. Ouf !

Si nous restons dans le film de guerre, la menace nucléaire apparaît comme la fin ultime (War Game, Octobre Rouge, 24h Chrono, La Somme de toutes les Peurs). Avec leurs relents de Guerre Froide, les films qui illustrent le sujet constituent en effet le paroxysme du film de guerre : que peut-on inventer après la dévastation planétaire par la bombe H ? Rien. Surtout pas un avenir pour les Hommes. Pour les scorpions ou les blattes à la rigueur…

Autre grand classique de la fin de l’Humanité : le virus fatal et ultra-contagieux (renvoyant souvent d’ailleurs au film de zombies évoqué plus haut). Des milliards de figurants meurent avant que les scénaristes ne laissent le temps à la science, au hasard, à la nature ou que sais-je encore, de trouver un remède et d’inverser les perspectives qui semblaient sans issues (Contagion, Alerte, 28 jours). Là encore, rien de nouveau, surtout à l’époque du SIDA, de la grippe aviaire ou d’Ebola, même si les scénaristes poussent le concept à l’extrême.

Et puis des méchants d’un genre nouveau sont arrivés : les machines. 

Après les peaux-rouge, les russes, les communistes, les islamistes, les savants fous ou encore les libres penseurs, Hollywood s’attaque à un nouveau genre de méchant : les machines. Or les machines sont bien plus récentes dans notre mémoire collective que les guerres ou les virus (si l’on fait exception du virus informatique bien-sûr). Les premières machines sophistiquées qui peuplent notre monde sont les métiers à tisser puis les machines à vapeur. Elles apparaissent il y a 200 ans environ. Une paille comparer aux 5000 de nos civilisations ou plutôt aux 100 000 de l’homo sapiens. Pensez aux tonnes de guerres tribales et de maladies qui occupent ce temps.

Plus récent encore sont les ordinateurs : tout au plus remontons-nous a une soixantaine d’années. Une idée très nouvelle, et parfaitement alignée avec l’horizon de la fin du travail dont je vous parlais en début d’article puisque la fin du travailleur est très souvent liée à la mécanisation ou à l’informatisation des systèmes de production.

Que nous racontent les évangiles d’Hollywood ?

Père Hollywood ne nous annonce rien de bon dans son sermon. Le diable est bel et bien dans la machine et aucun exorcisme n’y pourra rien changer.

Dans le meilleur des cas, nous devenons mi-homme, mi-machine dans une apologie des thèses transhumanistes : l’homme augmenté par la machine, la génétique et les nanotechnologies. L’homme est d’abord touché dans ses capacités physiques : des humains robotisés, des prothèses bioniques, des exo-squelettes, etc. (D’Iron Man à RoboCop). L’homme peut aussi voir ses capacités intellectuelles enrichies : il calcule à la vitesse d’un ordinateur, il dialogue avec les machines, etc. (Lucy, Phénomènes). Notons au passage que l’Homme augmenté est au départ un homme diminué, qu’il soit amputé ou mort cliniquement avant l’opération qui le fait renaître. Le héros a toujours eu un fâcheux accident, point pivot de sa genèse post-humaine. Hollywood se pose ainsi en rédempteur de ces pauvres âmes qui sans l’aide de la technique vivraient dans la misère et l’impotence.

Avant de parler des histoires d’anéantissement de l’Homme par la machine, Saint Hollywood nous propose une sorte de purgatoire dans lequel les humains sont très nettement inférieurs aux machines, mais celles-ci pourtant les tolèrent (Her, Transcendence). Du côté du jugement dernier, les pires scénarios foisonnnent sur la disparition des humains ou, guère mieux, leur asservissement total, conscient ou pas, par les machines (The Matrix, Terminator).

Le message d’Hollywood est donc clair : la toute puissance machinique anéantira l’Humanité. Alors bande de mécréants, vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas. Préparez-vous à des lendemains terribles. Préparez-vous à devenir esclave de la technologie… Et apprenez à coder 😉

2 thoughts on “L’Apocalypse selon saint Hollywood

  1. jerkyhips

    Merci pour ce passage en revue des principales apocalypses jusqu’à celle des machines 😉 Il y en a tellement qu’il serait difficile de toutes les citer ! J’ajouterai tout de même Terminator pour les machines, Docteur Folamour pour la menace nucléaire, Mars Attacks pour les extraterrestres pas sympas et Bad Taste où les humains servent de garde-manger…
    Pour poursuivre le débat, il n’y a pas qu’Hollywood qui s’inquiète de l’intelligence artificielle : Bill Gates et Stephen Hawking y vont aussi de leurs mises en garde :
    Bill Gates : http://lexpansion.lexpress.fr/high-tech/intelligence-artificielle-attention-danger-meme-bill-gates-a-peur_1647411.html
    Stephen Hawking : http://www.01net.com/editorial/635121/pour-stephen-hawking-lintelligence-artificielle-est-un-danger-pour-lhomme/

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